Actions réflexe dans le traitement de pannes
- asmorgrav
- 20 févr.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 31 mars
Sommes-nous bien préparés à faire face à des pannes?
Pour le PPL, tout l'entraînement à des situations inhabituelles se passe généralement en avion et se focalise sur l’acquisition de certaines actions réflexes dans des situations très spécifiques. Nous allons ainsi apprendre à faire un arrêt décollage en cas de panne moteur avant décollage, pousser sur le manche en cas de panne moteur en montée (initiale), pour éviter de décrocher. Nous apprenons à adopter la VBG pour étendre la distance de plané, puis chercher un champ sans lignes électriques ou autres obstacles pour se vacher. On apprend à faire une interruption volontaire de vol, ou un atterrissage de précaution.
En formation MEP on nous apprend à identifier, confirmer et mettre en drapeau le moteur mort. Cependant la mise en drapeau du moteur n’est pas toujours indiquée. S’il produit encore une puissance résiduelle au-dessus de la transparence, qu’il ne pisse pas l’huile, que les températures sont bonnes, il pourrait être plus judicieux de le laisser en marche. On ne fait pas la distinction entre une panne qui survient en montée initiale ou en croisière.
A plusieurs reprises j’ai demandé à des pilotes ce qu’ils feraient en cas de panne moteur. La plupart me disent qu’ils vont rendre la main pour éviter de décrocher, adopter la vitesse de finesse max pour étendre leur rayon de plané, et trouver un champ où atterrir. D’autres me disent “checklist, checklist, rien que la checklist”, et à ceux-là je dois dire que s’ils ont le temps de lire une checklist pendant qu’ils pilotent, gèrent leur stress, gèrent leur trajectoire, cherchent un champ… ils sont trop forts. Il faut généralement les interroger longtemps avant qu’ils finissent par suggérer qu’ils pourraient essayer de récupérer la puissance moteur en changeant de réservoir, allumer la pompe et avancer la mixture, ce qui au passage devrait prendre moins de 30 secondes

Je fais aussi régulièrement des pannes moteur à mes élèves au simulateur ou en vol IFR, confortablement installés au FL070, et jusqu'à présent il n'y en a pas un seul qui a eu les bons réflexes.
Notre formation nous formate à réagir d’une certaine manière face à des situations spécifiques très menaçantes. Elle nous laisse cependant assez démunis dès que l’on sort de ce cadre. On ne nous équipe pas pour faire face à des tas de situations qui peuvent survenir pendant un vol, ne serait-ce que parce que 45 heures ne suffisent pas à nous préparer à tout.
Dans le confort de notre canapé
Mais lorsque vous faites face à une situation dont le déroulement est totalement inattendu, que vous avez à gérer le stress d’une situation dont l’issue pourrait être sérieuse pour vous et les autres occupants, que vous être obligés de piloter en IMC, gérer votre trajectoire, avertir le contrôle que vous n'êtes pas capable de maintenir l’altitude, que les actions de la checklist vous paraissent bizarres et n’ont pas l’effet souhaité, vous vous retrouvez assez désemparé.
Après les faits, depuis le confort de votre canapé avec un verre de réconfort, en rétrospective, il est facile de savoir ce qu’il aurait fallu faire. On se dit: “Bon sang, bien sûr”.
Actions réflexe, une bouée de sauvetage
Les actions réflexe, ou actions vitales, vous dictent les actions à faire rapidement pour essayer de résoudre certaines situations menaçantes. Ce sont ces actions à appliquer sans réfléchir dès que l’on est confronté au problème associé.
Si par exemple on a un problème moteur, ne serait-ce qu’une alerte ECU sur un diesel, il faut savoir, sans réfléchir, appliquer les actions vitales pour garder le contrôle de l’appareil et, si on a le temps (l’altitude), tenter de rétablir la puissance.
Pour fonctionner, un moteur a besoin de 3 éléments: du carburant, de l’air et une étincelle (ou dans le cas d’un diesel, un FADEC/ECU).
Pour m’assurer de l’alimentation en carburant je vais allumer la pompe électrique, changer de réservoir et ajuster la mixture. Je commence par le carburant parce que c’est probablement la source la plus courante de perte de puissance.
Ensuite, je vais m’occuper de l’air. En supposant que le moteur est à injection, je vais ouvrir la prise d’air dans le compartiment moteur qui permet de contourner le filtre à air (“alternate air”) qui pourrait être bouché. Si le moteur est à carburateur, je vais ouvrir la réchauffe carburateur.
Finalement, surtout si le moteur vibre, voir est en train de s’arracher du bâti, je vais me tourner vers les magnétos et tester une magnéto après l’autre. Si les vibrations s’arrêtent, j’ai trouvé une magnéto qui fonctionne. Sur un diesel, en fonction de la technologie, je vais tenter de forcer un changement d'ECU.
Bien entendu il faudra adapter les actions réflexe en fonction de l’avion sur lequel on vole. Si je suis sur un avion à carburateur, je vais vouloir ouvrir la réchauffe carburateur en premier d’une part pour arrêter l’accumulation de givre dans le carburateur, mais surtout pour profiter de la chaleur tant qu’il y en a. Certains avions n’ont pas de commande manuelle pour “alternate air”, mais ont une trappe censée s’ouvrir automatiquement. Si je suis à haute altitude sur un moteur turbocompressé, la gestion de la mixture va être différente que sur un moteur atmosphérique et je pourrais être obligé de descendre afin de redémarrer le moteur.
Il est aussi judicieux d’adapter la priorité des actions vitales en fonction des circonstances. Si je sais que mes réservoirs sont presque vides, je vais prioriser un changement de réservoir. Si je suis en IMC par températures négatives, même sans givre apparent sur la verrière ou les bords d'attaque, je vais prioriser l’”alternate air”. Si je suis à la mise en palier suite à une descente, je vais prioriser la mixture. Si le moteur menace de se détacher du bâti, je vais prioriser les magnétos, et si cela ne résoud pas le problème, peut-être une pale s'est-elle détachée.
A chaque problème ses actions
Dans le tableau suivant j'ai essayé de recenser des problèmes pouvant survenir en vol, et les actions vitales qu'il s'imposerait d'exécuter pour palier à l'urgence.
Problème | Actions |
Panne moteur ou perte de puissance en montée |
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Panne moteur, perte de puissance, ou vibrations moteur en vol |
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Panne de l’unique alternateur |
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Alerte de CO (monoxyde de carbone) |
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Fumée dans l’habitacle | Identifier la nature de la fumée: électrique ou hydrocarbures Si électrique:
Si hydrocarbures (feu moteur):
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Panne de pression d’huile |
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Température d’huile excessive |
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Et la suite
J'ai récemment entendu parler d'un vol qui a perdu la puissance en finale, donc en dessous de 1000 ft AGL. Le pilote a eu le réflexe de changer de réservoir, et la chance qu'il y ait du carburant apparemment utilisable dans le second réservoir. Grâce à ce réflexe, l'avion a pu se poser et rouler au parking.
Les actions réflexe (ou actions vitales) ne résolvent pas toujours totalement ou immédiatement le problème, mais elles permettent de gagner du temps pour donner une issue satisfaisante au vol.
Le fait de réduire la charge électrique lors de la perte de l'alternateur permet de rester plus longtemps en vol avant d'avoir une panne électrique totale. Le fait de réduire la puissance lorsque l'on a une température d'huile excessive pourrait, si ce n'est pas une erreur d'instrument, permettre au moteur de rester en fonctionnement plus longtemps en ralentissant l'augmentation de température.
Ce temps supplémentaire peut servir à trouver la meilleure issue au vol en évaluant ses options, pesant les risques, puis décidant, exécutant et contrôlant qu'on est toujours sur la bonne voie.




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